lundi 13 avril 2020

DISCOURS ADRESSÉ AU ROI DE SUÈDE, Par M. l’Abbé DE RADONVILLIERS,

Discours adressé au roi de Suède en séance

Le 7 mars 1771

DISCOURS
ADRESSÉ AU ROI DE SUÈDE,


Par M. l’Abbé DE RADONVILLIERS, 
Chancelier de l’Académie Françoise, lorsque ce Prince y vint prendre séance le Jeudi 7 Mars 1771

SIRE,
L’HONNEUR que Votre Majesté fait en ce jour à l’Académie n’est pas-nouveau pour elle, mais il n’en est que plus flatteur. Déja elle avoit eu la gloire de voir dans ses assemblées, au siède même où nous vivons, deux Souverains étrangers ; & le Roi son protecteur a bien voulu y venir occuper la place qui lui appartient. Les compagnies savantes attirent donc les regards des Rois, & font comptées parmi les objets dignes de- leur curiosité. Pour remplir les vues de VOTRE MAJESTÉ, l’Académie doit lui rendre compte du but qu’elle se propose & des travaux qui l’occupent.
Son but est de perfectionner notre Langue ; mais comme il y a une liaison naturelle entre la manière de parler & la manière de penser, l’Académie espéroit, en épurant le langage, épurer le goût, & l’événement a justifié ses espérances.
Elle s’occupe à célébrer les talents, les succès, & même les efforts de ceux qui cultivent les Lettres ; mais son intention n’est pas de se borner à de vains éloges. Elle veut, en excitant une noble émulation, donner aux hommes illustres des successeurs & des rivaux.
Une partie de ses discours est consacrée à la gloire du Roi ; c’est un tribut de devoir, d’inclination, & de reconnaissance. Mais, il en faut convenir, l’affection naïve du peuple a été plus éloquente que l’art de nos Orateurs. Elle a tout dit dans un seul mot, en donnant au Roi le surnom de Bien-Aimé.
L’un de nos Confrères est chargé d’écrire histoire de son règne, & le séjour que VOTRE MAJESTÉ a fait en France lui fournira un trait des plus intéressants. Après avoir raconté ce que publiait d’avance la renommée, & ce qu’il a fallu ajouter à ses récits, quand on a eu le bonheur de vous approcher, il en viendra au funeste événement qui interrompt le cours de vos voyages. Là il attendrira ses lecteurs en décrivant votre entrevue avec le Roi ; & cette aimable confiance, si rare entre les Princes, avec laquelle vous avez pleuré dans ses bras ; & cette douce sensibilité, peut être encore plus rare, avec laquelle le Roi a essuyé vos pleurs & les a partagés.
Heureuses les Nations auxquelles le Ciel accorde des Princes d’un caractère humain & sensible ! Dans les Rois, l’humanité est la première des vertus. Il en est d’autres qui fervent à leur gloire, celle-là sert à notre bonheur.
SIRE, je m’arrête là. Eh ! que pourrais-je dire encore qui fût plus agréable à VOTRE MAJESTÉ ? Le présage de la félicité publique, est le compliment le plus doux à l’oreille des bons Rois.

Claude-François LYSARDE de RADONVILLIERS


(extrait du site de l'Académie française)



Le roi de Suède était Gustave III, né en  1746, couronné le 12 février 1771, quelques semaines avant cette réception.
Francophile,  adepte de la philosophie des lumière, il abolit la torture et il fonde en 1786 l’Académie suédoise, dont il rédige en partie le règlement avec des missions calquées sur celles de l’Académie française.
Il est assassiné le 16 mars 1792, au cours d’un bal  masqué à  l’opéra royal de Stockholm.
En 1833, le compositeur français Auber compose un opéra en hommage à ce roi de Suède « Gustave III, ou le bal masqué ».
En 1859, Verdi compose sur la même intrigue « Un ballo in maschera ( Un bal masqué) « 
 


mercredi 8 avril 2020

Hommage à Claude VACHEROT, Président de la Société de secours mutuel des bonnetiers en 1841


Hommage à Claude Vacherot,
Président  de la Société de secours mutuels pour les ouvriers bonnetiers

L’AUBE
Troyes, le 20 janvier 1841

Avant-hier mercredi 27 janvier, un cortège nombreux traversait la ville de Troyes, conduisant à sa dernière demeure un modeste ouvrier. Cet homme avait fondé une société de secours mutuels pour les ouvriers bonnetiers malades ou infirmes. Arrivés au cimetière, les sociétaires se sont groupés autour de la fosse, et trois discours ont été prononcés. Nous donnons à nos lecteurs le seul que nous ayons pu nous procurer.

Messieurs,
La mort vient de frapper la société des secours mutuels des bonnetiers de la ville de Troyes, en lui enlevant son président.
Affligé de cette perte, j’élèverai ma voix pour rappeler à nos souvenirs le mérite modeste et les titres de l’homme qui emporte nos regrets. Cette larme que nous nous empressons de donner à sa mémoire, est une dette de cœur envers un ami, envers un frère.
Né comme nous, dans cette humble classe d’hommes à qui le sort ‘a donné que leurs bras pour subvenir à leurs besoins. Vacherot n’eut qu’un désir, celui d’être honnête homme et habile ouvrier. Tous ses efforts se porteront vers ce noble but  il eut la douce satisfaction d’y atteindre. Sa vie fut sans reproche, comme il le souhaitait son habileté a fait de lui le modèle des artisans de sa profession.

La plus importante fabrique de Troyes, la maison Jeanson, où il travaillait, le considéra bientôt comme son premier ouvrier ; elle se l’attacha, parce qu’elle sut ce qu’il valait. Vacherot en fut reconnaissant ; il jura de n’en  jamais sortir. En effet, depuis vingt-cinq ans, Vacherot était l’âme de l’atelier. Parmi les phases pénibles que le commerce de bonneterie a parcourues, il est resté attaché à sa profession paramour. Les diminutions de salaire n’ont point abattu son courage ; il a soutenu le nôtre par sa résignation et son activité exemplaires.
 Au –dessus de sa position par le cœur Vacherot aimait ses camarades. Il sentit que tous les ouvriers bonnetiers n’avaient pas comme lui, l’habileté en partage ; il vit que la modicité des gains était peu en rapport avec les besoins d’une famille nombreuse quelquefois, et que l’affreuse misère menaçait plus d’un honnête ouvrier. Il conçut le noble projet d’une société de secours mutuel, en dressa les statuts dont il communiqua le plan à son patron, l’honorable M. Jeanson. M. Jeanson l’aida de ses sages conseils.
Encouragé par cette approbation, et toujours mû par le désir de soulager ses camarades Vacherot forma une demande et soumit son projet à l’autorité. Cette idée fût goutée. M. le ministre accorda, le 12 avril 1837, l’autorisation de constituer la société dont nous avons l’honneur de faire partie.
Le vœu philanthropique de Vacherot fut accompli. Nous devions alors un hommage à la sollicitude de Vacherot. Le titre de président lui fut confié : ce devait être sa récompense.
Vous savez, messieurs, comment il remplit ses fonctions. Vous avez pu, dans nos séances, remarquer son zèle et surtout ses scrupules pour l’esprit d’ordre et d’harmonie qui fait notre ressource.
C’est donc à Vacherot que nous sommes redevables des secours dont plusieurs d’entre nous ont déjà ressenti les effets.
C’est à toi, honnête et modeste Vacherot,  que nous en vouons toute notre reconnaissance. Aussi, nous te pleurons sincèrement comme tu nous as aimés, et avant de te quitter, nous te jurons que ton nom, sera éternellement dans nos cœurs !
Adieu !!!

Ce discours, prononcé par M. Drujon aîné, l’un des sociétaires, a ému les assistants jusqu’aux larmes, et la foule s’est retirée en silence.

Claude Vacherot, bonnetier, époux de Jeanne Pitois est décédé à l’âge de 46 ans, le 26 janvier 1841 à Troyes. Fils de Jean Vacherot, âgé de 80 ans, et de défunte Anne Thibaut

L'Annuaire de l'AUBE, publie un autre historique pour cette société de secours mutuel des bonnetiers de la ville de Troyes fondée en 1814 par Eugène JANSON.
En 1863, la direction de cette société semble être revenue entre les mains de la bourgeoisie locale

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